PARLONS SCIENCES

Carpologie : prenez-en de la graine !

Carpologie : prenez-en de la graine !
L’archéologie fait rêver petits et grands avec la découverte chaque année et partout dans le monde de sites qui permettent de mieux comprendre les sociétés du passé. Toutefois, si les vestiges de céramique, de matériaux lithiques, de restes humains ou animaux demeurent de loin les vestiges archéologiques les plus emblématiques, des restes d’autre nature et bien moins connus permettent également de cerner la « manière de vivre » de ces ancêtres. Ce sont les vestiges de graines et de fruits qu’étudient les carpologues.

 

Une discipline archéologique récente

Ces vestiges, de natures très variées (noyaux, téguments et pépins de fruits, grains/caryopses et tiges de céréales, graines et gousses de légumineuses, semences et akènes de plantes sauvages, tubercules/bulbes, etc.), sont mis au jour par les archéologues dans des contextes tout aussi divers (foyers, silos, sols de maisons, greniers, latrines, épaves, etc.) à la faveur de conditions de préservation particulières.

 

        

Caryopse de seigle carbonisé. Site de Corbleau (Pouydesseaux, 40), Moyen Âge.

Crédits Photos Ch.Hallavant, équipement terrae/TRACES

 

 

 

Ils sont étudiés par un-e carpologue (du grec Karpos, le fruit). Cette discipline archéologique se situe à l’interface entre les sciences humaines et les sciences naturelles et s’enrichit aussi bien des données historiques que de la botanique, de l’écologie végétale, de l’ethnologie ou encore des sciences agronomiques. Discipline récente en France (début des années 1980), elle ne regroupe qu’une trentaine de personnes, chercheurs au CNRS et à l’Université ou professionnels dans des structures d’archéologie préventive.

Photo : Carpologue dans son laboratoire

étudiant des échantillons carpologiques à la loupe binoculaire

 

 

 

 

Des restes fragiles

Les restes végétaux étudiés par le carpologue sont des éléments organiques périssables. Leur découverture sur un site archéologique impose donc une fossilisation. La plus commune est la carbonisation qui peut avoir une origine accidentelle (incendie) ou intentionnelle (utilisation de déchets végétaux comme combustible). Dans les contextes saturés en eaux (puits, latrines, milieux lacustres, épaves), l’absence d’oxygène limite la décomposition et maintient les restes imbibés. En cas d’assèchement lent de ces niveaux humides et si la charge en sels minéraux est suffisante, les éléments les plus résistants peuvent se minéraliser. Enfin, plus rarement, les vestiges ont pu laisser des empreintes (décors, ajout de dégraissant dans la fabrication de céramiques ou de briques en terre) ou subir un dessèchement en milieu aride froid ou chaud.

Photo : Niveau organique d'une latrine médiévale. Site de Laval (Mayenne)

 

 

 

 

Un travail de fourmi

En plus d’être fragile, les vestiges qu’étudie le carpologue sont généralement de très petite taille ; leur prélèvement sur les sites nécessite un échantillonnage de terre de plus ou moins grande ampleur. Ces échantillons sont par la suite tamisés manuellement ou à l’aide d’une machine, à l’eau ou plus rarement à sec, sur des tamis dont la plus petite maille utilisée est généralement de 500 microns (0,5mm). Ce traitement permet de séparer les restes carpologiques de la gangue terreuse et des éléments minéraux. L’étude se poursuit en laboratoire où les tris et les identifications nécessitent une loupe binoculaire qui permet de grossir les vestiges de 5 à 70 fois. Les déterminations botaniques consistent à donner un nom de taxon auquel renvoient les vestiges carpologiques. Un taxon correspond à une entité de la classification du monde vivant. L’objectif est d’atteindre le rang taxinomique de l’espèce, le plus restreint, afin de bénéficier d’informations écologiques très précises. Cette détermination se fait par comparaisons anatomiques entre les vestiges archéologiques et les restes de plantes actuelles réunis dans une carpothèque ou en consultant des atlas et des publications où sont photographiées ou dessinées et décrites les graines. Après dénombrement et éventuellement prise de photos et de mesures, le carpologue enregistre les données dans un tableur dans le but d’analyser les résultats.

Photo : Tamisage manuel d'un échantillon carpologique

Crédits Photos Ch. hallavant, équipement Hadès archéologie

 

Pour quels objectifs ?

L’identification botanique n’est pas une fin mais un moyen pour connaître précisément les plantes retrouvées sur les sites. Selon la nature du contexte archéologique, le mode de fossilisation des vestiges et le type de restes déterminés, les carporestes livrent des informations sur l’alimentation végétale humaine et animale, les pratiques agricoles (techniques de semis et de récolte, techniques d'égrénage, modes de stockage, etc.), les pratiques funéraires (offrandes végétales), l’histoire des plantes cultivées et sauvages, les modes d’utilisation des plantes (artisanat textile, épices, horticulture, etc.) ou encore le commerce et les échanges.

Plus largement, le carpologue cherche à toujours mieux comprendre les relations entretenues entre les Hommes et les plantes au cours du temps, relations variables selon les époques et les lieux rendant ses recherches toujours plus passionnantes.

 

Extrait d'un poster présenté en colloque.

 

 


Article rédigé par Charlotte Hallavant qui est contractuelle à l’Université Toulouse-Jean Jaurès et chargée d’études pour le Bureau d’investigations archéologiques Hadès. Elle est rattachée au laboratoire de recherche TRACES – UMR 5608.

Retrouvez ses articles http://univ-tlse2.academia.edu/CharlotteHallavant

Mis en ligne le 30 mai 2016


<<< RETOUR au SOMMAIRE DE PARLONS SCIENCES