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L'Herbier de la Flore Toulousaine

L'Herbier de la Flore Toulousaine
La ville de Toulouse dont le territoire est très étendu compte un peu plus de 700 espèces de plantes sauvages. Cette grande diversité qui mêle plantes indigènes et plantes exotiques naturalisées a fait l'objet ces dernières années d'un important programme d'inventaire. Afin de pouvoir bénéficier d'un outil pédagogique et scientifique, le Muséum de Toulouse a réalisé au cours de la dernière décennie un Herbier de ces plantes sauvages, habitantes des voies d'eau, bâtiments, routes, voies ferrées, friches, jardins et coteaux.

Nombril de Vénus dans les rues de Toulouse CC BY-SA Boris Presseq, Muséum de Toulouse

Un Herbier, qu'est ce que c'est ?

Un Herbier est un ensemble de plantes qui ont été mises sous presse plusieurs mois pour les rendre sèches, plates et moins encombrantes. Une fois sèches, on fixe chaque plante sur une feuille de papier de format légèrement inférieur à du A3 avec une étiquette et on met la planche dans une chemise. Avec d'autres plantes elles-aussi enfermées dans des chemises, cette part d'Herbier participe à la constitution d'une liasse et l'ensemble des liasses (il peut y en avoir des centaines voire des milliers) constitue l'Herbier. 
 
Presse Herbier du Muséum de Toulouse
Herbier CC BY-SA Boris Presseq, Muséum de Toulouse
 
Généralement, un Herbier reflète la passion des plantes du botaniste qui l'a constitué, ce peut être un Herbier limité géographiquement, des Corbières ou des Pyrénées, ou bien de France, un Herbier représentant un genre ou une famille de plantes, de Carex ou d'Ombellifères, un Herbier d'écolier, de vacances ou de voyages... 
 
 

L'Herbier de la flore toulousaine

Le plus récent des Herbiers conservés au Muséum de Toulouse a été réalisé entre 2004 et 2014 et continue d'être enrichi chaque année de nouvelles plantes. Il n'est pas composé de plantes d'une contrée lointaine au nom exotique mais représente de manière exhaustive les végétaux qui poussent naturellement et spontanément sur la commune de Toulouse. On y trouve pour l'instant environ 500 espèces végétales sur les plus de 700 que compte la commune de Toulouse. 
 
Toulouse présente une biodiversité de plantes sauvages assez élevée pour plusieurs raisons :
  • Une grande variété de milieux avec un fleuve, des canaux, plusieurs rivières et ruisseaux, des lacs et étangs, des parcelles agricoles, des collines, des falaises et de l'habitat urbanisé (photos de différents milieux).

Une grande variété de milieux
Grandes variétés de milieux CC BY-SA Boris Presseq, Muséum de Toulouse. 

  • Un climat relativement doux, qui comprend des influences méditerranéennes, atlantiques et continentales et permet à une flore méridionale de prospèrer. Ceci est particulièrement vrai dans les endroits très urbanisés où le rayonnement dû aux surfaces construites (bitume, brique, pierre, verre...) induit des températures plus élevées qu'en milieu périurbain. 

Giroflée des murs à Toulouse - Boris Pressecq
Giroflée des murs à Toulouse CC BY-SA Boris Presseq, Muséum de Toulouse

  • Une importante proportion de plantes exotiques (plus ou moins 15% du total des espèces) qui sont des échappées de jardins et d'espaces verts ou bien des introduites involontaires du fait de nos activités. 
 
L'idée de faire un Herbier "urbain" a germé le jour où, en me promenant sur la grande friche industrielle des anciens ateliers Latécoère aux Ponts Jumeaux, je me suis rendu compte de l'impressionnante diversité de végétaux présente de manière spontanée et ceci à deux pas du centre ville. 
A partir de ces observations et d'autres qui se sont rajoutées depuis, est venue la volonté de vouloir faire connaître aux toulousains la présence de cette flore sauvage et de sensibiliser à une meilleure connaissance de ces espèces et aux nombreux bénéfices dûs à leur présence.
Bien souvent considérées comme indésirables ou qualifiées de mauvaises herbes, toutes ces plantes, ubiquistes et pionnières, ont déja le mérite de pousser un peu partout sur nos infrastructures et quelquefois dans les endroits les plus improbables :
 
  • Sur tous les types de matériaux artificiels que nous fabriquons comme l'Orpin blanc qui pousse à même le bitume du périphérique ou les Lichens qui poussent sur la tôle des véhicules. 

Orpin blanc Toulouse
Orpin blanc sur les murs de Toulouse cc by-sa Boris Presseq, Muséum de Toulouse. 

 

  • Dans les endroits les plus pollués, il suffit de voir l'éxhubérance de végétation qui recouvre la rivière Saudrune au Sud de Toulouse et qui doit se frayer un chemin entre tous les déchets plastiques, bouteilles, poubelles etc. qui y sont jetés. 

Coquelicot dans les rues de Toulouse
Coquelicot dans les rues de Toulouse CC BY-SA Boris Presseq, Muséum de Toulouse. 

 
 
Toutes ces observations et ce travail de terrain a mené à la réalisation d'un Herbier.
 

Dans la pratique on distingue 3 étapes pour réaliser un Herbier :

Il y a tout d'abord une longue partie en laboratoire durant laquelle on recherche et consulte les anciens Herbiers, les anciennes données écrites et les flores réalisées. Pour la région toulousaine nous sommes chanceux puisqu'il existe 3 Flores :
 
Flores anciennes Toulouse
  • La "Flore analytique de Toulouse et ses environs" de J.B.Noulet dont la troisième édition date de 1884
  •  la "Florule toulousaine" de H.Sudre qui date elle de 1907 et est agrémentée de magnifiques planches dessinées
  • "La Flore de la région toulousaine et ses modifications récentes" de G.Bosc qui date de 1961
 
L'étude de ces Flores et des Herbiers affiliés permet de connaître les plantes que ces botanistes ont trouvé à leur époque et surtout les lieux d'observation et de collecte. Ce sont des données intéressantes, surtout pour les plantes les plus rares puisque l'on peut se rendre sur les lieux actuels et regarder si la plante y est toujours.
En général, elle n'y est plus. 
 
Ainsi J.B.Noulet notait la Nigelle de France (aujourd'hui plante protégée) dans les champs à Gounon et à l'Embouchure. Aujourd'hui entre périphériques et immeubles, difficile pour cette plante, compagne des cultures de céréales, de trouver sa place. 
 
 

Buplèvre arbrisseau que Timbal-Lagrave observait sur les falaises de Pech David en 1880

La plupart du temps le milieu a tellement changé qu'il n'est même plus la peine d'y retourner. Quelquefois c'est la toponymie qui change et qui peut rendre difficile la recherche. Ainsi le quartier de Lalande s'orthographiait autrefois la lande et  l'on comprend mieux pourquoi les botanistes du 19ième y étaient souvent. Ils allaient aussi fréquemment dans les lieux humides qui entouraient la Fontaine du béarnais où se trouvait une source. Aujourd'hui, la rue du béarnais est entièrement bitumée.
Très rarement, quand le milieu n'a pas changé, plus d'un siècle après, on peut retrouver la plante. C'est le cas pour le Buplèvre arbrisseau que Timbal-Lagrave observait sur les falaises de Pech David en 1880. Aujourd'hui, 130 ans plus tard !, la plante (ses descendants du moins) est toujours là sur la falaise entre la voie ferrée et le sentier pédestre sur le versant Nord de Pech David. 
Un autre exemple concerne le très joli Laiteron des murs, délicate plante annuelle que H.Sudre trouvait aux Beaux arts. Aujourd'hui, en haut de la façade du bâtiment de l'Ecole des Beaux arts, on trouve toujours cette plante.
 
Photo du Buplèvre arbrisseau CC BY-SA Boris Presseq, Muséum de Toulouse
 
Ensuite, après cette indispensable période d'étude bibliographique, c'est le temps du terrain, de préférence au Printemps quand les plantes sont fleuries. Il faut alors parcourir les berges du fleuve, les friches, bords de périphériques et voies ferrées, passer quelques grillages, escalader quelques murs pour aller voir telle plante haut perchée ou bien utiliser des jumelles pour  identifier par exemple un jeune Pyracantha sur la façade de la Cathédrale St Etienne (arraché depuis). 
Prise de notes sur le terrainOn prend des notes, des photos et puis un échantillon de chaque plante pour constituer l'Herbier. Il est alors important de prélever tout ce qui permet d'identifier la plante : tige, feuilles, fleurs et quelquefois fruits et racines quand c'est possible. Quelque fois il faut repasser à plusieurs mois d'intervalle comme pour le Cyclamen à feuilles de lierre qui fleurit avant de mettre ses feuilles. 
Le terrain c'est bien sûr la partie la plus agréable qui parfois peut se transformer en parcours du combattant pour accéder à certains endroits mais qui permet de faire de belles observations notamment sur la faune sauvage présente. C'est l'occasion de voir le Martin-pêcheur et le Héron bihoreau, d'épier le Rat musqué, de débusquer la larve de l'Empuse connue sous le nom bien justifié de Diablotin, dans les buissons et d'assister au festin du Cétoine doré dans les inflorescences du Sureau yéble. 
 
Loupe botanique collection Muséum de Toulouse
Loupe botanique CC BY-SA Muséum de Toulouse
 
Enfin, dernière étape, le retour au labo. On rentre toutes les données sur l'ordinateur, il faut trier les photos et mettre les plantes sous presse pendant au moins 3 mois en vérifiant qu'il n'y ait pas de moisissures ni de parasites. 
Puis on étale les plantes sur de grandes feuilles blanches de format proche du A3. On les présente de manière esthétique pour que ce soit joli mais surtout pour que tous les organes soient facilement visibles. La plante est fixée sur la feuille avec de fines bandelettes de lin. 
 
Planche herbier Flore Toulouse Robinier faux-acacia
En bas à droite de la planche on colle une étiquette qui comprend au minimum les informations suivantes : Nom scientifique, Famille, Date et lieu de collecte, Collecteur et numéro d'inventaire pour pouvoir localiser facilement la planche. Celle-ci est ensuite glissée avec d'autres, par famille de plante, pour constituer une liasse et l'ensemble des liasses constituera l'Herbier de la Flore Toulousaine. 
Cet Herbier intègre enfin les collections et est conservé dans des réserves à l'abri du temps et des parasites. Les planches sont contenues dans 50 boîtes en carton.
 
Photo planche herbier du robinier faux-acacia CC BY-SA Boris Presseq, Muséum de Toulouse
 

Un Herbier dans quel but ?

Tout d'abord, celui-ci constitue un témoignage concret de la flore sauvage présente dans Toulouse au début du 21ième siècle. Bien conservé et correctement manipulé il sera consultable pendant un temps indéfini.
Mais sa principale utilité est plutôt d'ordre pédagogique. Il sert de support aux activités de médiation autour de la flore sauvage, d'objet d'exposition sur les thématiques de nature en ville et éventuellement de références et de support visuel dans la rédaction d'articles divers ou d'ouvrages sur la nature en milieu urbain.
Non exposé au public il est, comme toutes les collections du Muséum, consultable sur simple demande motivée par un travail de recherche, de vulgarisation, de médiation ou par simple curiosité. 
 
 
 

Article rédigé par Boris Presseq, assistant de conservation Collections Botanique au Muséum de Toulouse.

Mis en ligne le 16 septembre 2014

Du même auteur  : Les mille et un moyens qu'ont les plantes de s'adapter  et Des graines au fil de l'eau...


 
livre Flore toulouse Muséum Livre : Toulouse, la nature au coin de la rue
Un ouvrage publié par la ville de Toulouse et écrit par un collectif de 19 auteurs naturalistes.
240 pages. 
 
L'ouvrage présente une grande partie de la faune et de la flore sauvage présente sur la commune de Toulouse. Des mousses aux plantes à fleurs et des mollusques aux mmamifères, richement illustré de photos et de dessins, ce livre présente à l'aide de textes grand public les modes de vie, les adaptations et la cohabitation avec nos activités de toutes ces espèces. Le livre est divisé en 5 grandes parties : une présentation des milieux ; Au fil de l'eau ; Le bâti ; Les friches et espaces verts ; Les coteaux.
   
Ce livre est en vente à la boutique ou en lecture à la bibliothèque Cartailhac, Muséum d'histoire naturelle. 

 

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