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Retour en chiffres de l'observatoire des papillons de jardins en Haute Garonne

Retour en chiffres de l'observatoire des papillons de jardins en Haute Garonne
Des amateurs volontaires participent à un programme de sciences citoyennes proposé par le Muséum d'Histoire Naturelle et la Mairie de Toulouse. Ils observent, comptent, échantillonnent les papillons de jour de leur région, et transmettent aux scientifiques leurs données. Ces derniers les analysent, en font la synthèse et publient les résultats. Les citoyens naturalistes amateurs contribuent ainsi à la recherche et à la protection de la nature.

Une expérience de sciences participatives : une aventure scientifique pour tous

Très bons indicateurs de la biodiversité et de la qualité des milieux naturels, les papillons reflètent la santé de nos écosystèmes. Le programme national « Observatoire des papillons de jardins » invite chaque citoyen, à observer les papillons afin de récolter des informations qui permettront aux scientifiques d'étudier l'évolution de leurs populations. Pour comprendre les dynamiques écologiques en lien avec les changements climatiques par exemple, les chercheurs ont besoin d'un grand nombre de données sur les papillons partout en France. Pour compenser leur manque d'effectif, les biologistes ont recours aux amateurs qui constituent  un véritable réseau de surveillance des espèces communes de papillons de jour. Participer c'est aussi pour l'amateur une façon de se divertir en observant la nature, en prenant contact avec elle sans avoir besoin d'aller très loin. C'est apprendre à la connaître en observant et comprenant la vie de son jardin.
 

L'Observatoire sur la biodiversité des jardins

L'observatoire des papillons de jardins existe depuis 2006. C'est le premier observatoire grand public sur le thème de la biodiversité en France. Il a pour but de mieux comprendre l'impact des activités humaines sur la nature qui nous entoure, reconnecter les citoyens à la nature et inciter à l'évolution des comportements
 
logo observations biodiversité jardins

Mode d'emploi : un jeu à trois 

Le Muséum est l'animateur local de l'Observatoire des Papillons des Jardins pour le département de la Haute-Garonne. Il aide à la détermination des espèces ou groupes d'espèces. Il analyse les données, en fait la synthèse et diffuse les résultats auprès des participants qu'il convie chaque année pour une réunion d'information (www.obj.mnhn.fr.) Noé conservation crée des outils pédagogiques pour observer, compter et identifier les papillons, anime le réseau des observateurs, vulgarise et transmet les résultats aux observateurs (www.noeconservation.org). Et enfin les observateurs qui de mars à octobre comptent les papillons sur leur balcon ou dans un jardin privé ou public, apprennent à reconnaître les espèces et à saisir leurs données. Depuis 20006, c'est près de près de 10 000 jardins suivis, 415 jardins fidèles, 112 112 relevés fournis et 1 369 523 papillons comptés ! Rien qu'en 2013, 2234 jardins ont été suivis et 128 308 papillons comptés. En haute Garonne, 48 amateurs ont participé et observé des papillons dans les villes, leurs périphéries ou à la campagne :
 
Environnement Nombre d'observations Nombre d'espèces ou groupes d'espèces Pourcentage (%)
Campagne 2003 28 100
Péri-urbain 1232 27 96,42
Urbain 133 18 64,28

Pourquoi un observatoire ?

Les scientifiques analysent les données en ayant en tête trois questions principales : est ce que la population des papillons est stable ? L'évolution est-elle la même chaque année ? Est-elle la même sur l'ensemble du territoire ? 

Le bilan : au niveau national et dans notre région

Au niveau national, le bilan de 8 ans d'observation est le suivant : 5 espèces de papillons (dont le citron) sont stables, une espèce (Aurore) est en augmentation et 22 espèces sont en déclin dont Tircis (-35%). Au niveau régional, 4 espèces sont stables, 13 sont en augmentation et 11 espèces sont en déclin. 
Les plus représentées sont les Piérides blanches, le Tircis (Pararge aegeria), les Lycènes « bleus », le Paon du jour (Inachis io) et le Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum). Il faut cependant souligner qu'aucun de ces groupes d'espèces n'a  atteint le nombre d'observations de 2007 ou 2008
 
papillons
 
 Les espèces ou groupes d'espèces les plus rares sont les Lycènes « verts », le Gazé (Aporia crataegi) et les Hespérides « tachetés ».
 
papillons
 
La diversité des espèces ou groupes d'espèces de papillons dans les jardins est étroitement liée à la diversité des plantes qui la compose (plantes de prairies, arbres fruitiers,...). Les résultats obtenus dans les jardins de campagne et péri-urbains montrent une plus grande diversité de plantes et donc de papillons que dans les jardins urbains.
 
Elle dépend aussi de la manière dont est géré le jardin (emploi ou non de pesticides, parcelles en friche ou gazonnées, fauche précoce ou tardive,…) et de ce qui l'entoure (forêt de proximité, haies diversifiées,…). Certaines espèces ont su s'adapter avec force dans les paysages urbains. C'est le cas notamment de Cacyreus marshalli étroitement lié au géranium. D'autres espèces dont les chenilles se nourrissent principalement d'orties (Inachis io, Vanessa atalanta, Aglais urticae, ...) seront davantage présentes dans les campagnes.
 
L'année 2010 fut une très mauvaise année pour les papillons. 25 des 27 espèces ou groupes d'espèces ont vu leur population chuter plus ou moins brutalement. Ce fut l'année la plus fraîche (température annuelle inférieure de 0,3°C en moyenne) de ces deux dernières décennies avec 1996. Ce fut aussi une année pluvieuse notamment au printemps. 
Ce déclin s'observe aussi au niveau régional, où les populations de papillons chutent brutalement de 45 % par rapport à l'année 2008. Depuis 2010, les papillons reprennent du terrain : en 2013, les observations ont permis de revenir à 81 % de celles de 2008 mais 19 % des populations de papillons manquent encore à l'appel. Pour les faire revenir, peuplons nos jardins non seulement de plantes nectarifères qui attirent les papillons mais aussi de plantes que consomment leurs chenilles. Et la liste est longue. Citons par exemple les Poacées que mangent les chenilles des Mégères, des Tircis, des Amaryllis, des Demi-Deuil, des Myrtil, des Procris, des Silènes, les salicacées (tremble, peuplier) pour régaler les Sylvains, les Urticacées (ortie) pour satisfaire le Vulcain, le Robert-le-Diable, le Paon du jour ou la Petite Tortue. Et bien d'autres (cf PPT).
 
Pour résumer, les papillons sont des bio indicateurs étroitement liés à la santé des milieux naturels. Leur grande diversité et leurs exigences écologiques variées (habitats et plantes hôtes spécifiques) permettent, en étudiant l'état des populations, de connaître fidèlement  le niveau de qualité des milieux naturels. Une espèce qui décroît et disparaît est donc le signe d'un écosystème très perturbé. A nous de jouer.
 
 

Données analysées par Philippe Annoyer, correspondant local de l'observatoire et assistant des Collections entomologiques au Muséum de Toulouse.
Articles mis en ligne le 6 janvier 2015. 
 
Du même auteur : Les papillons vus par le bout de la lorgnette - article du 26 mai 2014.