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Toulouse : des faucons pèlerins en ville ?

Toulouse : des faucons pèlerins en ville ?
Tantôt dieu de la vie ou oiseau de tonnerre, auxiliaire de chasse ou de guerre, insigne de noblesse et de puissance, tantôt animal honni et persécuté, le Faucon pèlerin (Falco peregrinus) fascine l’homme et son imaginaire depuis des temps immémoriaux. Aujourd’hui, l’espèce conquiert de nouveaux territoires pour le plus grand bonheur des passionnés qui œuvrent pour sa protection.

Photo : Faucon pèlerin dans la ville de Toulouse ©Nature Midi Pyrénées

Fascinant faucon

Des milliers d’années d’évolution ont façonné cet oiseau unique, parfaite machine à voler et redoutable chasseur. Le Faucon pèlerin se caractérise par un corps puissant et fuselé à large poitrine. Les parties dorsales présentent un plumage gris métallique, sobre et brillant, alors que les parties ventrales, plus claires, sont striées de noir. Sa tête ronde, presque entièrement noire, porte deux tâches, deux moustaches, descendant sur les joues blanches et soulignant des yeux noirs cerclés de jaune. Ce faciès caractéristique a notamment inspiré la civilisation égyptienne antique qui donne à Horus, divinité des plus ancienne, une tête de faucon.

De corpulence modeste, le Faucon pèlerin n’en reste pas moins un superprédateur. Chasseur de haut vol, il se nourrit exclusivement d’oiseaux de petite à moyenne taille (étourneaux, pigeons, grives, …) qu’il traque et capture en vol. Sa technique de chasse compte d’ailleurs parmi les plus grands spectacles naturels qui nous est encore donné de voir : « Quand il plane lentement à perte de vue dans le ciel nu, il peut, en quelques secondes, passer de l’état d’oiseau de chair et de plumes à celui de projectile irréel déchirant l’espace comme un météore. » (Monneret R.-J., 2005)

Nicheur rupestre, le pèlerin affectionne les falaises rocheuses du bord de mer jusqu’à la moyenne montagne. Cependant, depuis quelques années, il n’est pas rare d’observer des individus « urbains », très certainement attirés par des concentrations d’oiseaux, investir des sites artificiels tels que des cheminées d’usines, des cathédrales et des immeubles hauts. Ainsi, cet oiseau à l’histoire mouvementée, deviendrait presque une espèce commune et familière.

Photo : Faucon pèlerin (Pixabay)

 

Vertigineux déclin …

Avant la fin de la grande guerre, une faible pression de chasse, la pratique d’une agriculture extensive et raisonnée et la présence de grandes régions inhabitées permettaient aux populations de Faucon pèlerin d’exister et de prospérer dans les meilleures conditions. Les effectifs des différentes populations mondiales étaient alors 2 à 5 fois supérieurs à ce qu’ils sont aujourd’hui.

Puis, jusqu’à la veille des années soixante-dix, les populations de Faucon pèlerin, et celles de bon nombre de rapaces, connaissent un déclin vertigineux. Les causes sont alors toutes liées à des activités anthropiques. Pour certains, cet oiseau de haut vol est le parfait compagnon de chasse. Les nids sont alors pillés pour alimenter la fauconnerie. Pour d’autres, ce prédateur volant, ce bec crochu, est un nuisible qu’il faut éliminer par tous les moyens (empoisonnement, tirs au fusil). Ajouter à cela un « printemps silencieux », décrit par Rachel CARSTON dans les années 50, où les pesticides organochlorés (DDT) empêchent la reproduction de l’espèce et c’est l’hécatombe. Durant cette période noire, le Faucon pèlerin a bien failli disparaitre de la surface du globe.

A partir de 1970, à la vue de chiffres alarmants, une protection à la fois médiatique, pratique et législative se met en place. Les campagnes d’informations (presse, radio, télévision) et réseaux de surveillance des sites de nidification se multiplient et l’oiseau est inscrit sur la liste des espèces protégées. Enfin, le bannissement quasi-total des contaminants organochlorés aura permis de stopper la chute des effectifs, de donner aux populations sauvages un regain de vitalité et de sauver définitivement l’espèce de l’extinction.   

Figure : Graphique issu d'un manuel scolaire (source incconue) montrant la coorélation entre l'interdiction de la DDT, de l'aldrine et la dieldrine et l'épaisseur de la coquille des faucons pèlerins. ©DR

Suivi de la population toulousaine

Depuis plus de 20 ans, l’association Nature Midi-Pyrénées coordonne le suivi des Faucons pèlerins fréquentant les points culminants de la ville rose. Ce suivi, effectué par des bénévoles, a permis de mettre en évidence la présence d’individus de passage, hivernants mais aussi sédentaires sur l’agglomération toulousaine et d’étudier leurs comportements. De 2 à 5 individus séjournent dans le centre-ville de Toulouse selon les périodes de l’année, avec la présence d’individus des deux sexes.

Depuis 2009, un mâle et une femelle se partagent le centre-ville, occupant respectivement les rives droite et gauche de la Garonne. En janvier 2016, un nouvel individu mâle, cantonné depuis sur un site industriel du sud toulousain, vient gonfler les effectifs de cette petite population sédentaire. En 2017, 2 individus immatures de passage ont pu être observés lors de leur halte plus ou moins longue, aux abords de l’Hôtel Dieu et de la Grave.

Jusqu’alors, plusieurs interactions entre mâles et femelles ont été relevées par les observateurs bénévoles mais malheureusement sans cas de reproduction avéré.  Les raisons de cette absence de nidification ne peuvent être clairement établies mais il pourrait s’agir d’une absence de sites favorables.

 

Projet nichoir

Bien que le Faucon pèlerin semble s’être relativement bien adapté au milieu urbain, qui lui offre sources de nourriture et de tranquillité, sa nidification en ville reste un fait exceptionnel, faute de possibilités satisfaisantes. Dans ce milieu particulier, la mise en place de nichoirs favorise la reproduction de l’espèce et augmente sa productivité. Elle peut également, en leur offrant des conditions favorables, inciter les individus présents à la reproduction.

Inspirée par les aménagements mis en place par des villes comme Paris, Dunkerque ou encore Bourg-en-Bresse, et motivée par le succès de reproduction du couple voisin de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi, l’association a décidé d’installer 2 nichoirs.

  • Grâce au soutien et à l’enthousiasme de la société gestionnaire d’un site industriel du sud toulousain, un premier nichoir est installé en septembre 2016 sur une cheminée de 80 mètres de haut en cours de rénovation. Ce perchoir en bord de Garonne offre une vue bien dégagée sur le sud de Toulouse et le centre-ville à un couple de Faucon très probablement formé par le nouveau mâle et la femelle du centre-ville.
  • En novembre 2016, avec l’aide du Conseil départemental de la Haute-Garonne, un second nichoir est posé sur un immeuble du quartier Saint-Cyprien. Ce site est régulièrement fréquenté lors d’hivernage et était le perchoir habituel d’une femelle baguée, observée de 2010 à début 2015, puis de la femelle actuelle.

Grâce à la forte sensibilité naturaliste des partenaires rencontrés et à la perspective de limiter les couteux investissements liés à la lutte contre les pigeons invasifs, le projet a été très bien accueilli et rapidement concrétisé.

Photo : Nichoir à faucon pèlerin dans la ville de Toulouse ©Nature Midi Pyrénées

 

Première tentative de reproduction encourageante

Après quelques jours d’adaptation à de nouveaux éclairages, le couple de la cheminée, qui n’a à aucun moment du chantier quitté le site, commence rapidement à visiter et à s’approprier le nichoir. Dès lors les bénévoles assurent une surveillance quotidienne. Puis, au début de l’année 2017, les premiers indices de nidification sont rapportés.

Fin février, un premier accouplement est observé à proximité de la cheminée et un mois plus tard la couvaison est confirmée dans le nichoir du site industriel. Durant tout le mois que dure l’incubation, le mâle vient ravitailler sa femelle et prendre le relais pendant qu’elle se nourrit à proximité. Au moment tant attendu de l’éclosion, le comportement de la femelle change mais ne traduit rien de bon. Elle quitte le nichoir et sa couvée de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps et aucune action de nourrissage n’est observée …

Malgré cet échec, dont la ou les raison(s) n’ont pu être identifiée(s), cette première tentative de reproduction reste tout à fait encourageante. Les deux individus fréquentent toujours ce site adapté et favorable à leur nidification. Les bénévoles continuent de surveiller nos deux oiseaux à l’affût des premières parades qui auront lieu au cours de l’hiver. Affaire à suivre …

 

Bien que la protection légale de l’espèce soit assurée et que les populations ne semblent plus directement menacées, il n’en est pas de même pour son environnement, largement dégradé et de moins en moins adapté. L’aménagement de sites artificiels, en zones rupestres comme urbaines, constitue aujourd’hui une alternative efficace quant à la préservation de cette espèce.

Nous tenons à remercier tous les observateurs bénévoles impliqués dans le suivi et nos partenaires pour la fabrication et la pose des nichoirs.

Photo : Suivi de la population du faucon pèlerin par des bénévoles Toulouse ©Nature Midi Pyrénées


Article rédigé par Charlotte BRESSON et Christophe PASQUIER (Association Nature Midi-Pyrénées ) et mis en ligne la 26 mars 2018


Pour en savoir plus :

Le Faucon pèlerin, René-Jean MONNERET (2017), Delachaux et niestlé

Le Faucon pèlerin, LPO Mission Rapaces http://rapaces.lpo.fr/faucon-pelerin

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