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Nom de code : Quetzalcoatlus northropi

Nom de code : Quetzalcoatlus northropi
Avant d'être l'oiseau national, animal emblématique du Guatemala, le quetzalcoatl est un oiseau sacré, symbole de liberté, genre éteint de ptérosaure (« lézard ailé »). Depuis décembre 2006, le squelette de son espèce fossile type, Quetzalcoatlus northropi, modèle réalisé en 2003 par Emmanuel Janssens Casteels et livré en 2005, hante le plafond du Grand Carré, à l'entrée du Muséum de Toulouse. Il est idéalement placé. Il plane, en effet, juste au-dessus du plus gros mammifère actuel existant : l'éléphant. Partons à sa découverte… Laissons-lui la parole…

 

Ma carte d'identité

Mes origines

 

Je ne suis pas véritablement un dieu, même si Quetzacoatl désignait, dans les légendes mésoaméricaines, un roi-prêtre, divinité créée par le Dieu Ometeolt afin de régner sur Tula, la cité mythique du peuple toltèque (les « ancêtres » des Aztèques) pour y apporter savoir et sagesse.

En nahuatl, langue indigène du Mexique, mon nom signifie « serpent à plumes », serpent dont je serais l'incarnation et la représentation sur Terre.

Ainsi, ma tête de serpent emplumé a été sculptée à plusieurs endroits du temple aztèque qui porte mon nom, dans l'antique cité de Teotihuacan, près de Mexico.

Photo : Détail de la Pyramide de Quetzalcoatl, appelée aussi Temple du serpent à plumes, dans la Citadelle de Teotihuacàn

 

Ce que je ne suis pas

Je suis un proche parent des dinosaures, un cousin si l'on peut dire, mais n'en suis pas un.

Néanmoins, comme eux, j'appartiens au groupe des Archosauriens (« les reptiles dominants »), auquel appartiennent aussi les Oiseaux et les Crocodiles.

Je ne suis pas non plus l'ancêtre des oiseaux, car, même si comme chez eux, les membres thoraciques (« antérieurs ») sont transformés en ailes et que l'aile est fixée à l'épaule par un anneau d'os, chacun a développé des particularités distinctes.

Ainsi, chez les oiseaux, l'ensemble de la main est devenu une aile au cours de l'évolution, l'aile étant formée par les plumes et soutenue par le deuxième doigt.

Tandis que mon aile s'est uniquement formée sur le quatrième doigt, très allongé (il n'y avait plus de cinquième doigt), contrôlé par un tendon.

Car, au lieu de plumes, j'ai acquis une membrane alaire (patagium) comparable à celle des chauves-souris, tendue entre les membres thoraciques et pelviens.

Les trois premiers doigts étaient grêles, pourvus de griffes, et devaient servir à la préhension.

 

Qui je suis

J'appartiens au groupe des ptérosaures (dont près de 150 espèces ont été dénombrées aujourd'hui), de la famille des Azhdarchidés.

Mon nom provient d'Azhdarcho lancicollis (Nessov, 1984), un grand ptérosaurien trouvé en Ouzbékistan en 1984 et baptisé ainsi d'après un dragon de la mythologie ouzbèk.

Les Azhdarchidae sont une famille de ptérosaures de grande taille ayant vécu et dominé les airs durant le Crétacé supérieur, il y a plus de 65 millions d'années en Amérique du Nord. Je pouvais atteindre jusqu'à 12 mètres d'envergure.

 

Ma description physique, mon déplacement, mon habitat et mon alimentation

Mon allure et mes moyens de locomotion

Décrit par Douglas Lawson en 1971, à partir de quelques os d'ailes découverts dans le Texas, je suis l'un des plus grands animaux volants de tous les temps.

Mon crâne, dont la longueur atteint 2 mètres, pourvu d'une crête qui améliore mon aérodynamisme (stabilité latérale), mon bassin et mon membre postérieur sont typiquement reptiliens.

Ainsi, je possède de longues mâchoires dépourvues de dents comme le Pteranodon et un long cou très rigide.

Je pèse environ 90 kilos, mon corps a la dimension de celui d'un homme.

Mes muscles, très puissants, me permettent de mouvoir mes immenses ailes.

Même si je sais marcher, j'ai cependant peu d'aptitude pour ce mode de déplacement et reste maladroit sur la terre ferme : je dois marcher sur mes membres pelviens tout en m'aidant de mes membres thoraciques.

Je suis un véritable seigneur des airs et la nature de mon vol est celui du vol battu.

Mon adaptation et mon aptitude au vol sont conditionnées par l'allègement de mon squelette.

En effet, je possède des os creux contenant de l'air (pneumatisation) qui restent très fragiles.

Etant donné que le vol nécessite un métabolisme élevé et requiert beaucoup d'énergie, je ne suis pas un animal à sang froid. Je suis homéotherme.

Image : Reproduction de Ptéranodon, dont la silhouette est similaire à celle du Quetzalcoatl

 

Où je vis et de quoi je me nourris

Comme l'atteste la découverte de mon squelette dans un dépôt sableux et argileux d'un ancien cours d'eau, je vis dans une plaine alluviale, en bordure de mer.

A ce jour, mes habitudes alimentaires demeurent incertaines.

Certains paléontologues s'accordent à dire que je suis un charognard.

Pourtant, la rigidité de mon cou m'empêche de fouiller dans la chair d'un dinosaure.

D'autres paléontologues pensent, quant à eux, que je me nourris de crabes, de poissons, de mollusques et de crustacés…

Je laisse donc encore planer ce mystère qui demeure aujourd'hui entier.

 

Ma présence au muséum de Toulouse

Je suis un spécimen exposé

Étant considéré comme le plus grand reptile volant de tous les temps, j'ai légitimement toute ma place dans

 un lieu d'accueil prestigieux tel que le Grand Carré, ancien cloître du Couvent de Carmes, qui représente tout à la fois, la mémoire du passé et l'avenir du Muséum de Toulouse.

Ainsi, je côtoie l'ancien et le nouveau, à savoir d'une part, l'emblème du Muséum, l'éléphant naturalisé Punch et le mur végétal, œuvre vivante de l'artiste Patrick Blanc créée à partir d'une technique de culture verticale avec un système d’irrigation intégrée.

Je suis le fruit d'une reconstitution qui a été supervisée par le Muséum et effectuée par un spécialiste de reconstitutions grandeur nature d'animaux et de fossiles hyperréalistes, variés et de tailles différentes : Emmanuel Janssens Casteels.

 

 

Aux origines de ma création

Ma reconstitution s'est faite à partir de fragments osseux issus des ailes et du crâne, fragments qui ont été

comparés aux squelettes complets d'espèces plus petites de ptérosaures, permettant ainsi une reconstruction fidèle de mon allure générale en extrapolant mes dimensions.

De fait, ce sont bien des données rigoureuses et scientifiques qui ont été utilisées : une mâchoire édentée, une crête crânienne, des orbites en forme de poire, de longues phalanges…

Par ailleurs, afin de faciliter la comparaison avec les os trouvés et pouvoir me représenter dans mon intégralité, des dessins de grande taille ont été projetés sur une paroi.

Ensuite, pour recréer mon volume, tout d'abord un essai en fil métallique a été effectué, permettant la vérification de mes proportions, puis une sculpture a été conçue dans un matériau souple.

De là, un moulage en résine a été réalisé, suffisamment léger pour pouvoir me suspendre dans les airs.

Le choix d'une interprétation dynamique, dans une attitude en vol plané, ailes et pattes déployées, n'est pas 

anodin.

Il permet, en effet, d'apprécier et de mettre en valeur mon extraordinaire envergure.

© Crédit photo : Christian Nitard

 

Article rédigé par Laëtitia BARTHOLOME (Documentaliste) et mis en ligne le 18 avril 2018


 

 

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