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La posidonie, une "herbe" qui nous veut du bien !

La posidonie, une "herbe" qui nous veut du bien !
Et non ! Cet article ne parle pas d'un super aliment à la mode, ni même d'une plante qui relaxe, elle ne contient même pas de THC, pour ceux qui se seraient laissés abuser par le titre. Mais lisez la suite, car vous verrez qu'elle pousse dans un cadre plutôt sympathique. Pour la découvrir, il faut partir au soleil, en Méditerranée! Pour la voir, il est conseillé de se balader sur les plages ou mieux encore, de prendre son masque et son tuba et de se jeter à l'eau près des côtes. Cette plante s'appelle la Posidonie, Posidonia oceanica (de son petit nom latin). Il est étonnant que l'on ne parle pas plus de cette véritable "merveille écologique" dont l'importance est pourtant capitale sur tous les plans.

Photo Posidonia oceanica - crédit Photo Cc by Sa Alberto Romeo - Wikipédia

 

Une "belle plante" de bonne famille!

La Posidonie fait partie des magnoliophytes marines, un goupe de plantes à fleurs qui compte une soixantaine d'espèces différentes au niveau mondial. Les magnoliophytes marines sont présentes sur tous les continents hormis l'Antarctique et forment de vastes herbiers (banc d'herbes ou d'algues dous l'eau) de 0 à 40 m de profondeur.

Même s'ils n'occupent que 1% des océans, les herbiers de magnoliophytes (et en particulier ceux de Posidonie) sont considérés aujourd'hui comme des écosystèmes particulièrement importants au regard des services écosystémiques qu'ils apportent.

La Posidonie est une espèce endémique de Méditeranée qui est fréquente sur le littoral francais. Voici la descritption scientifique qui en est faite dans l'ouvrage "Les écosystèmes marins dans la régulation du climat" du FFEM (Fond Francais pour l'environnement Mondial): "Constituée d’un faisceau de cinq à huit feuilles rubanées, de 40 à 80 cm de haut et d’un centimètre de large, disposé à l’extrémité d’un rhizome dressé, elle édifie des structures très particulières, appelées « mattes ». Ces structures sont constituées par l’enchevêtrement des rhizomes peu putrescibles et des racines, plus ou moins colmaté par les sédiments, piégés par les faisceaux foliaires. Ces mattes peuvent se conserver pendant des millénaires et atteindre plusieurs mètres d’épaisseur (Boudouresque et al., 2012").

L'herbier formé par la plante est l’écosystème le plus emblématique de Méditerranée et l’un des plus importants pour son fonctionnement. Son influence se fait sentir sur toute la colonne d’eau et jusqu’aux plus grandes profondeurs.

 

Qu'est-ce que l'herbier de Posidonie ? - Extrait de l'émission C'est pas sorcier

 

La Posidonie une plante "multi service"!

Si la Posidonie n'avait pas existé, la côte mediterannéene serait-elle composée d'autant de petits ports de pêches? Y aurait-il autant de specialités à base de poissons (Marseille sans la bouillabaisse...). La plongée avec un simple masque et un tuba serait-elle aussi spectaculaire? On peut se poser les questions !

Quand la Posidonie est apparue sur Terre, il y a plusieurs millions d'années, ce n'était pas dans le but de rendre des services à l'Homme. Ceci-dit, nous profitons clairement de son existence.

C'est, pour nous, une plante "multi-service", qui permet entre autres : la production de matières premières et de nourriture, la protection du littoral contre l’érosion, la purification de l’eau, le piégeage du carbone jusqu’au maintien de la pêche, du tourisme, des loisirs, de l’éducation et de la recherche (Vassallo et al., 2013). D'où l'intérêt, vous l'aurez compris, d'en prendre le plus grand soin.

 

"Mattes" ces puits de carbones !

Parmi les services rendus par les magnoliophytes marines, il est primordial de constater leur importance vis à vis du carbone. Christine Martini Pergent de l'université de Corse rappelle dans l'ouvrage "Les écosystèmes marins dans la régulation du climat" du FFEM que: "Les formations de magnoliophytes marines seraient responsables de 40% du carbone fixé chaque année par la végétation côtiere, avec des variations en fonction de l'espèce et des conditions environnementales (Laffoley and Grimsditch, 2009). Aussi, même s'ils n’occupent que de faibles surfaces à l’échelon planétaire (de l’ordre de 1 % des océans), ces magnoliophytes jouent un rôle important en zone côtière et fournissent des services écosystémiques de grande valeur (Costanza et al., 1997). Parmi ces magnoliophytes marines, seules quelques espèces (e.g. Thalassia spp. et Posidonia oceanica) constituent des espèces climaciques, qui se propagent lentement et constituent d’importantes réserves de carbone (Bjork et al., 2008)".

Chez la Posidonie, on peut donc identifier un « puits » de carbone (réservoir qui capte et stocke le carbone atmosphérique) à court terme (mécanismes de minéralisation intervenant entre 2 à 6 ans après l’enfouissement des feuilles), qui s’observe également chez les autres espèces de magnoliophytes, mais aussi un « puits » à plus long terme (séquestration au sein de la matte (fond de mer où l'on trouve des herbages entrelacés) sur plusieurs décennies, voire quelques millénaires).

En prenant en compte l’épaisseur moyenne de la matte (de 1 à 4 m), le carbone stoqué en Méditerranée, par les herbiers de posidonies, représenterait de 11 à 42 % des émissions de dioxyde de carbone produites par les pays méditerranéens, depuis le début de la révolution industrielle.

 


Principaux flux de carbone au sein de l'herbier de Posidonies (d'après G. Pergent)

Le changement global et la Posidonie.

La distribution des herbiers, en zone littorale, les rend particulièrement sensibles aux pressions humaines ; ceci est corroboré, à l’échelon planétaire, par des régressions significatives de leur distribution (Waycott et al., 2009).

On peut se poser la question de l'impact ou du "non impact" du changement climatique sur les herbiers de posidonies. Et si impact il y a, quelles en sont les conséquences sur les herbiers et les services écosystèmiques que ces derniers rendent à la planète?

Comme souvent, il est difficile de répondre avec exactitude à ce genre de questions, mais des constatations emmergent et permettent de se faire une idée.

Gérard Pergent, de l'université de Corse s'est penché sur la question et expose l'état des ses recherches dans l'ouvrage "Les écosystèmes marins dans la régulation du climat" du FFEM.

Voici ce qu'il constate: "Chez la Posidonie on note une certaine résilience à la température, à la plupart des contaminants, à l’ancrage et aux espèces invasives, mais en revanche faible pour la salinité, la turbidité, les déséquilibres sédimentaires et le chalutage (Pergent et al., 2012). Si l’acidification générale de l’océan ne semble pas, tout au moins au regard des données disponibles, de nature à perturber significativement les herbiers de magnoliophytes marines, qui sont naturellement soumis à des variations de pH, en revanche de fortes présomptions existent quant à l’impact négatif de l’élévation de la température - notamment les espèces à affinités froides – du niveau de la mer et de la fréquence des évènements climatiques extrêmes."

Il nous explique également qu'il arrive parfois que les conditions favorisent le remplacement de certaines magnoliophites marines plus sensibles au réchauffement des eaux par d'autres qui le sont moins. Selon ses travaux, "le remplacement de la Posidonie (espèce ingénieur climacique, présentant une forte complexité structurale) par des espèces de plus petite taille, non-structurantes pourrait entrainer une profonde modification de l’écosystème et des services écosystémiques associés. De même, les anomalies thermiques, observées en périodes estivales en 2003 et 2006, semblent à l’origine d’une diminution de la vitalité de l’herbier aussi bien dans sa partie superficielle (Marbà and Duarte, 2010) que dans sa partie profonde (Mayot et al., 2005).
Enfin une régression significative de la limite inférieure de l’herbier (partie la plus profonde), décelée dans le cadre du Réseau de Surveillance du littoral de la Corse, a pu être mise en relation avec une augmentation du niveau moyen de la mer au cours des dix dernières années (Pergent et al., 2015), laissant envisager une régression généralisée des herbiers profonds en réponse à la montée du niveau de la mer. La régression de ces herbiers constituerait non seulement une perte nette en terme de puits de carbone, mais également un risque indirect de relargage de tout ou partie du carbone séquestré dans les mattes, mais également des contaminants, piégés au sein de ces structures, au cours du temps".

 

Comment voir de la Posidonie à Toulouse ?

Pour observer la Posidonie, le mieux est d'aller l'observer in situ (c'est à dire sous l'eau), d'autant que de nombreux organismes vivent dans les herbiers de posidonies car ils y trouvent de quoi se loger, se nourrir, se cacher des prédateurs et c'est également un lieu idéal pour qu'ils puissent se reproduire. Voici quelques exemples d'êtres vivants que vous pourriez croiser.

 

Photo 1 sarpa sarpa // Photo 2 spirographe // Photo 3 Serranus Scriba 
Photo 4 Coris Julis // Photo 5 Peyssonnelia_squamaria // Photo 6 Symphodus rostratus 
Photo 7 Syngathus Typhie Gervais // Photo 8 Chromis chromis

 

Si vous êtes à Toulouse et que vous avez une "folle envie" de voir un petit bout de Posidonie, il est possible d'en observer une "pelote" au Muséum. Elle se trouve dans la partie "La lignée verte" de l'espace "Ordre du vivant". Ces pelotes, dont la forme ronde est très surprenante, sont en fait des aglomérats de racines et de feuilles qui se sont detachés de la plante, transportés par le courant et qui en roulant sur le fond marin forment des sortes de "boules de poils". On en retrouve parfois sur les plages.

 

Aegagropile (Boule de posidonie) Photo de Martino A. sabia (Wikipedia)

 


BIBLIOGRAPHIE

- FFEM (2015). – Les écosystèmes marins dans la régulation du climat.Fonds Français pour l’Environnement Mondial, Paris, 80 pages.

- Laffoley, D., Grimsditch, G., 2009. The management of natural coastal carbon sinks. IUCN, , Gland, Switzerland.

- Costanza, R., d'Arge, R., de Groot, R., Farber, S., Grasso, M., Hannon, B., Limburg, K., Naem, S., O'Neill, R.V., Paruelo, J., Raskin, R.G.,

Sutton, P., van der Belt, M., 1997. The value of the world's ecosystem services and natural capital. Nature 387, 253-260.

- Bjork, M., McLeod, E., Short, F., Beer, S., 2008. Managing seagrasses for resilience to climate change. World Conservation Union (IUCN),

Gland.

- Pergent, G., Bazairi, H., Bianchi, C.N., Boudouresque, C.F., Buia, M.C., Calvo, S., Clabaut, P., Harmelin-Vivien, M., Mateo, M.Á., Montefalcone,

L. Morri, C., Orfanidis, S., Pergent-Martini, C., Semroud, R., Serrano, Thibaut, T., Tomasello, A., Verlaque, M., 2014. Climate

change and Mediterranean seagrass meadows: a synopsis for environmental managers. Mediterranean Marine Science 15.

- Pergent, G., Bazairi, H., Bianchi, C.N., Boudouresque, C.F., Buia, M.C., Clabaut, P., Harmelin-Vivien, M., Mateo, M.A., Montefalcone, M.,

Morri, C., Orfanidis, S., Pergent-Martini, C., Semroud, R., Serrano, O., Verlaque, M., 2012. Les herbiers de Magnoliophytes marines de

Méditerranée : résilience et contribution à l’atténuation des changements climatiques. . UICN, Gland, Suisse & Malaga, Espagne.


Article rédigé par Grégoire Laporte, médiateur scientifique au Muséum de Toulouse
Mis en ligne le 21 décembre 2018

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