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Relevé des espèces végétales de la Garonne en 2017

Relevé des espèces végétales de la Garonne en 2017
Du 2 au 5 septembre 2017, huit personnes membres d'associations, du Muséum ou de la faculté des sciences ont descendu la Garonne en canoé entre St Martory et l'île du Ramier à Toulouse pour des missions d'étude. Boris Pressecq, botaniste du Muséum, faisait partie de l'expédition. Il nous livre dans cet article un relevé précis de la végétation qu'il a rencontrée au fil de l'eau et des rives. Vous pensiez connaître ce fleuve si proche ? Découvrez enfin ses petits secrets naturalistes...

Photo d'en-tête : Le potamot noueux et ses longues tiges ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

Au fil de l'eau nous nous sommes attachés à faire l'inventaire le plus exhaustif possible de la flore aquatique et amphibie. Depuis les canoës il était facile en cette période de basses eaux de s'arrêter et de circuler parmi les herbiers flottants pour identifier toutes les plantes aquatiques. À l'exception des Renoncules qui étaient en fin  de développement, nous avons pu voir la totalité des espèces et noter quelques changements entre St Martory et Toulouse, dus à la hauteur d'eau, à son ensoleillement et à sa qualité.

Le Potamot crispé ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq



Les plantes aquatiques


Les premières a être observées dès la confluence avec le Salat furent 4 espèces de Potamots, Potamogeton nodosus, P.densus, P.crispus, P.berchtoldii ainsi que l'Elodée du Canada, Elodea canadensis qui forme déjà, très en amont des grandes zones d'eaux dormantes, de grands matelas sous l'eau. Le Potamot noueux est l'espèce dominante, il le restera tout le long de la descente  faisant des herbiers de plus en plus importants au fur et à mesure que l'on se rapproche de Toulouse. Il peut atteindre 3 m de long et peut s'enraciner profondément, vivre dans des eaux dormantes ou courantes. Ses longues feuilles lancéolées sont réticulées translucides quand elles sont immergées et plus épaisses, vertes à brun-rouge quand elles sont flottantes. Le Potamot de Berchtold est remplacé à l'approche de Toulouse par une espèce similaire, le Potamot pectiné, Potamogeton pectinatus, aux tiges et feuilles fines et effilées.
L'Élodée du Canada nous accompagnera aussi tout le long de la descente, on la trouve dans les eaux "claires" et peu profondes des bords de berges. À l'approche de Toulouse elle partage ce biotope avec l'Élodée dense, Elodea densa et l' Élodée de Nuttal, Elodea nuttalii dont les feuilles verticillées sont plus étroites et pointues. Cette dernière est peu commune et sur la traversée de Toulouse c'est l'Élodée dense qui devient dominante faisant disparaître l'Élodée du Canada. Elle est en effet plus tolérante que cette dernière à la profondeur, aux eaux turbides et très riches en nutriments. Autre plante aquatique qui peut s'enraciner profondément dans des eaux turbides, le Cornifle submergé, Ceratophyllum demersum ne commence à se rencontrer fréquemment qu'au niveau de la retenue du Manciès à la hauteur de Salles-sur- Garonne. Cette très belle espèce aux feuilles opposées, réduites à des lanières et denticulées restera pourtant relativement peu courante y compris sur la fin du parcours en arrivant sur Toulouse.
Photo Elodée du Canada ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


En dessous et à partir de la retenue du Manciès commence aussi à apparaître la Naïade marine, Najas marina, très jolie espèce à feuilles étroites et piquantes qui vit surtout dans les eaux  dormantes très souvent à l'ombre d'autres plantes aquatiques.

Photo Naïade marine
©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

 

 

 

 

 


Espèce très ubiquiste, le Myriophylle en épi, Myriophyllum spicatum a été vu partout sans être jamais abondant. Il peut se développer dans des flaques d'eau dormante résultat des crues de la Garonne sur ses terrasses ou bien dans des eaux profondes et faiblement courantes. L'espèce était en pleine floraison en ce début septembre.


Myriophylle en épi, tiges aquatiques et floraison aérienne ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


Les plantes plus rares nécessitant des eaux plus fraîches comme le Nénuphar jaune, Nuphar lutea et le Nénuphar blanc, Nymphaea alba n'ont été vus qu'en deux endroits : une très importante population de Nénuphar jaune à l'affluence du ruisseau du Lounie rive droite de la Garonne avant le pont de Cazères. Une vase épaisse et un milieu très peu profond avec l'arrivée de l'eau fraîche du ruisseau entretient une population très étendue qui s'apprêtait à (re-)fleurir. Du Nénuphar blanc nous n'en avons vu qu'un seul pied au niveau d'un grand Saule et d'une importante touffe d'Arum d'Ethiopie, Zantedeschia aethiopica rive gauche juste avant le pont piéton du village de Boussens.
Feuilles orbiculaires du Nénuphar jaune ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


À de rares occasions nous avons pu observer des algues du genre Chara. Nous avons cependant observé une très belle population de Chara vulgaris dans une flaque d'eau limpide sur une  terrasse exondée. Ces algues vertes qui ressemblent à des potamots à feuilles grêles sont assez inhabituelles pour des algues dans la mesure où elles ressemblent beaucoup à des
plantes à fleurs avec racines, tiges et feuilles. Elles ne produisent pas de fleurs mais se multiplient par des spores contenues dans de petits organes en forme de poire jaune semblables à des fruits.

La délicatesse des tiges de Chara vulgaris
©Muséum de Toulouse/BorisPresseq



Parmi les algues on trouve aussi les algues vertes filamenteuses du genre Vaucheria qui forme sous l'eau de véritables nuages broutés par quelques mollusques. Photo ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

Notons aussi l'absence tout au long de la descente des grandes chevelures de Renoncules aquatiques, la saison est trop avancée et celles-ci ont disparu. Mais de très nombreuses plantules sont présentes près des zones de courant, parmi les galets juste à la limite de la présence d'eau. La plupart de ces plantules appartiennent à la Renoncule flottante, Ranunculus penicillatus.

 

 

 

 

 

Parmi les plantes aquatiques il y a aussi celles qui flottent et dont le développement se fait souvent à l'abri du courant, dans les parties dormantes et qui sont dispersées à la faveur des crues du fleuve. Les plus connues sont bien entendu les lentilles d'eau. Il y en a 4 espèces.

La Petite lentille d'eau, Lemna minor et la Lentille d'eau minuscule, Lemna minuta sont peu communes mais assez bien réparties tout au long de la descente. À l'amont de la confluence de la Garonne et de l'Ariège sont apparues en plus la Lentille d'eau pourpre, Spirodela polyrhiza dont le revers des petites feuilles est couleur lie-de-vin et la Lentille d'eau bossue, Lemna gibba.


Pas si fréquentes que ça les lentilles d'eau ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

Cette dernière espèce est remarquable par l'aspect d'iceberg qu'elle a quand on la regarde de profil. Elle possède en effet dans la partie immergée de ses feuilles des cellules renflées translucides qui lui donnent un aspect ventru.


Photo Les feuilles renflées de la Lentille bossue ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

 

 

 


D'origine tropicale, l'Azolla, Azolla filiculoides est une minuscule fougère aquatique au limbe vert brillant mais qui prend aussi des teintes rougeâtres. Nous l'avons rencontrée dans des eaux  dormantes, en amont de la réserve de la Confluence au niveau de l'affluence du ruisseau de la Saudrune. Elle passe facilement inaperçue au milieu des herbiers et il est probable qu'elle soit plus répandue que cette unique observation.


Autre espèce flottante, d'origine tropicale, la Laitue d'eau, Pistia stratiotes représente la vision la plus surprenante de cette aventure naturaliste. Au niveau de la ville d'Estantens, rive droite de la Garonne et à l'abri d'une terrasse de marne s'est développée une belle population de cette plante qui se reproduit en émettant de

La Laitue d'eau donne à la Garonne des airs de fleuve tropical nombreux stolons.
©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


 

 

 Sa floraison discrète et très particulière rappelle en minuscule la floraison de l'Arum. Elle appartient d'ailleurs à la même famille des Aracées. À partir de cette population nous avons observé des individus erratiques, transportés par le courant jusqu'à la zone de confluence avec l'Ariège. Puis la plante semble absente plus en aval. La population observée a pu se développer dans l'année à partir de plants rejetés dans la Garonne par une personne, il est peu probable connaissant la frilosité de la plante, qu'elle ait pu passer l'hiver 2016/2017 dehors. Pour ceux qui  connaissent les eaux douces tropicales, la vision de cette plante transporte immédiatement l'esprit dans des ambiances de végétation luxuriante.


Chaque plant produit un long chevelu racinaire qui fixe les matières en suspension. Reproduction par stolons
©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


Les amphibies

Après les plantes aquatiques, en allant vers les berges, les plantes amphibies s'enracinent sur la terre ferme et peuvent se développer ensuite vers et dans le fleuve. Ou plutôt sur le fleuve puisqu'elles restent flottantes pour les espèces que nous avons rencontrées ; notamment deux américaines, bien installées aujourd'hui dans nos paysages aquatiques. La première
est la Jussie rampante, Ludwigia peploïdes dont nous avons rencontré une énorme population fleurie dans un bras mort rive droite de la Garonne juste en aval du pont autoroutier de Boussens
là où le ruisseau du Bourric se jette dans la Garonne. La présence d'eau stagnante et peu profonde ainsi qu'une vase épaisse ont favorisé son implantation impressionnante. La Jussie est mellifère et ses fleurs sont très visitées par l'abeille domestique. La seconde espèce est plus sporadique et moins fréquente sur cette partie de Garonne car elle nécessite des eaux plus chaudes, il s'agit de la Paspale à deux épis, Paspalum distichum de la famille des Poacées. Cette jolie graminée rampante présente des épis de fleurs flottants disposés en V, les étamines étant noires l'ensemble est du plus bel effet au ras de l'eau.

Sur un bras mort, un tapis de Jussie, ambiance américaine...©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

 

Photo 1 Floraison discrète de Samole de Valerand / Photo 2 Le Rubanier dressé ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


Plusieurs espèces indigènes sont aussi présentes mais observées uniquement à de rares endroits, notamment sur une station de vase exondée magnifique, là aussi juste en aval et rive droite du pont autoroute de Boussens : un important marigot couvert d'une végétation basse de Saules, Salix spp., Angélique sylvestre, Angelica sylvestris, Epilobe hirsute, Epilobium hirsutum, Lysimaque commune, Lysimachia
vulgaris
, touradons de Laîche faux-souchet, Carex pseudocyperus avec en périphérie sur les parties les plus humides, la présence de la Massette à larges feuilles, Typha latifolia, l'Iris des marais, Iris pseudacorus et le Plantain d'eau lancéolé, Alisma lanceolatum . Cette dernière plante possède une longue inflorescence pyramidale de petites fleurs roses caractéristique. Nous rencontrons aussi la Berle dressée, Berula erecta de la famille des Apiacées qui pousse en périphérie de ce milieu. Plus loin, sur un épaulement de vase rive gauche nous rencontrons la Samole de Valérand, Samolus valerandi plante discrète et peu commune de la famille des primevères.

 

Une seule station du Rubanier dressé, Sparganium erectum est relevée dans une vasière rive droite, idem pour le Bident penché, Bidens cernua dont nous ne trouvons sur deux stations que quelques pieds, la seconde étant située rive gauche au niveau d'une cabane de pêche sur la retenue de Manciés (en compagnie de pièges à Ragondins).

Le Bident penché ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

 

 

La ripisylve

La ripisylve est matérialisée par l'ourlet boisé que l'on trouve naturellement sur chaque berge.

©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

Plus haut sur la berge, la flore est normalement constituée d'une ripisylve (l'ensemble des formations boisées, buissonnantes et herbacées présentes sur les rives d'un cours d'eau,) dense qui quand elle est  ouverte est surtout le fait des activités humaines. Parmi les plantes herbacées marquantes on note la présence récurrente de deux exotiques, la Balsamine de l'Himalaya, Impatiens glandulifera et la Renouée du  Japon, Fallopia japonica, à la floraison odorante, exubérante et originale puisqu'on peut remarquer que certaines inflorescences sont dressées pendant que d'autres sont retombantes. Il s'agit en fait d'un cas rare de sexualité, certains individus ne présentant que des fleurs mâles stériles d'autres des fleurs hermaphrodites ! Les  graines germent difficilement et c'est surtout par bouturage de ses tiges souterraines que la Renouée du Japon se disperse le long du fleuve. On trouve aussi la Pulicaire dysentèrique, Pulicaria dysenterica aux capitules d'un jaune lumineux, en pleine floraison au moment de notre passage.

La spectaculaire floraison de la Renouée du Japon, plante mellifère ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


Les plantes ligneuses sont les plus représentées avec pour la strate basse la présence du fameux Arbre aux papillons, Buddleja davidii, des lianes avec la Vigne, Vitis vinifera et une Vigne vierge, Parthenocissus inserta qui forment de grands rideaux dont les extrémités retombantes se développent jusqu'au sol. La Vigne devient beaucoup plus rare à partir de Muret alors qu'elle est très présente dans la partie amont de la Garonne entre St Martory et Cazères ; c'est encore la liane Houblon, Humulus lupulus dont les pieds femelles sont à cette période alourdis par les fleurs caractéristiques en forme de petits cônes verdâtres. Dernière liane, une exotique, observée deux fois sur des gravats jetés sur les berges abruptes du fleuve, l'Ipomée pourpre, Ipomoea purpurea, très belle espèce aux grandes fleurs bleu nuit.
La Vigne forme de véritables rideaux ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

 


Partout où l'homme intervient peu une ripisylve diversifiée se forme donc, avec à certains endroits un aspect magnifique dû à la hauteur atteinte par certains spécimens de Peuplier noir, Populus nigra et d'Aulne glutineux, Alnus glutinosa. On y trouve en mélange du Sureau noir, Sambucus nigra, le Saule pourpre, Salix purpurea, le Saule blanc, Salix alba plus élevé et dont certains individus sont magnifiques hébergeant dans leurs branches de superbes buissons de Gui, Viscum album, le Peuplier noir sous toutes ses formes (plantules, drageons, arbustes, arbres), l'Aulne glutineux, l'Erable à feuilles planes, Acer platanoides et l'Orme champêtre, Ulmus minor dont nous n'avons trouvé que de jeunes individus. Quelques rares Micocouliers, Celtis australis sont aussi présents plutôt dans la seconde moitié du parcours à partir de Carbone. Très sporadiquement nous pouvons aussi noter la présence du Tilleul à petites feuilles, Tilia cordata, du Noyer, Juglans regia et plus communément du Chêne rouvre, Quercus robur. Dans la seconde moitié du parcours c'est le Figuier, Ficus carica qui fait son apparition ça et là et qui nous permet d'ailleurs de manger nos seuls fruits sauvages.
Le feuillage du Saule pourpre ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

 

 


Le Figuier apparait sur la partie méridionale ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


Parmi les ligneux exotiques le Robinier faux-acacia, Robinia pseudoacacia est l'essence dominante, l'Erable à feuilles de frêne, Acer negundo dont de nombreux individus étaient en train de dépérir ; le Platane du Midi, Platanus hispanica avec quelques gros individus observés mais surtout de nombreuses plantules, notamment en phase de colonisation des lits de galets.

 

Près des habitations, la ripisylve mêle arbres sauvages et cultivées, ici des cèdres ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


De place en place, tout le long du parcours mais finalement assez rares que ce soit sous forme de plantule ou de petit arbre, le Catalpa, Catalpa bignonioides et l'Ailanthe, Ailanthus altissima, un peu plus fréquent tout comme le Fèvier d'Amérique, Gleditsia triacanthos qui semble bénéficier d'une bonne dynamique et dont les plantules sont nombreuses ainsi que quelques grands arbres magnifiques avec leurs longues  gousses couleur chocolat. Le Mûrier blanc, Morus alba est aussi présent, ses plantules étant très nombreuses sur les bancs de galets. Aux abords des habitations, quelques Saules pleureurs, Salix babylonica,  sont présents sans pour autant se diffuser dans des espaces plus sauvages. Nous rencontrons aussi plusieurs stations de Bambou certainement Phyllostachys bambusoides qui se propage uniquement par  bouture de rhizome. Même si certaines populations sont importantes il ne paraît pas poser de problème et doit même bénéficier aux riverains comme matériau. Quelques originalités, dues aux substrats calcaires ou au saillant de poudingues en aval de la confluence avec le Salat et sur lesquels nous avons rencontré le Chêne vert, Quercus ilex, l'Erable de Montpellier, Acer monspessulanum et la Filaire, Phillyrea media.

Dommage qu'il n'y ait pas de pandas (bambous)... ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq



Les bancs de galets

Soumise à l'érosion et au mouvement des crues, la flore des plages de galets reste herbacée ou buissonnante
©Muséum de Toulouse/BorisPresseq

L'utilisation de canoës nous a surtout permis de faire l'inventaire de quasiment toutes les plages et îles de galets qui apparaissent à l'étiage de la Garonne. Le mois de septembre permet encore l'observation d'un grand nombre de floraisons.
Ces plages de galets sont caractérisées par une immersion plus ou moins longue qui ne se termine bien souvent qu'à la fin du mois de juin. Quand elles sont sous l'eau le fort courant et le mouvement des galets arrache la plupart des plantes qui y sont présentes n'y laissant dans le meilleur des cas que les racines des espèces vivaces. Quand elles sont découvertes, la fertilité du sol, la présence proche de l'eau et l'ensoleillement important ainsi que l'apport important de graines par l'eau, le vent et les animaux permettent une colonisation végétale rapide du lieu. Ainsi pour tous les sites prospectés un cortège de plantes pionnières, se retrouve de manière quasi systématique. Puis en fonction d'une ambiance plus fraîche, de sols ou d'eau plus pollués et de la proximité de grands centres urbains ou bien encore d'un apport occasionnel, d'autres espèces végétales sont présentes.



Par exemple à l'approche de Toulouse, trois exotiques, la Verveine de Buenos Aires, Verbena bonariensis, le Fraisier des Indes, Duchesnea indica et l'Ambroisie, Ambrosia artemisifolia, sont présentes. Leur  implantation en milieu "sauvage" est liée à leur présence en milieu urbain pour les raisons que l'on connaît.
 En plus des plages de galets nous avons aussi pu prospecter les piles en pierres ou briques des vieux ponts. Nous y avons notamment trouvé deux fougères, la Doradille officinale, Ceterach officinarum, et la délicate et peu commune Capillaire de Montpellier, Adiantum capillus-veneris. Nous rencontrerons aussi cette dernière espèce sur des tufs calcaires ruisselants ou non formés sur les berges de Garonne.
Entre les briquettes d'un pont, la Capillaire de Montpellier ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


// Télécharger le récapitulatif des espèces présentes sur les plages de galets et des espèces plus rares.
// Télécharger la planche photo des espèces

 

 


 Espèces introduites, invasions biologiques ?

Après cette descente et l'observation de la biodiversité présente, trois constats sont vite établis :
- La proportion d'espèces de faune et de flore d'origine exotique dans et sur les berges du fleuve est importante et bien visible. Citons par exemple la Laitue d'eau, la Jussie et la Balsamine de l'Himalaya pour les  plantes, l'Écrevisse de Louisiane, le Silure glane et le Ragondin pour les animaux. A l'exception de la Laitue d'eau qui est apparue assez récemment, toutes ces espèces sont bien implantées depuis plusieurs décennies et font désormais partie, qu'on le veuille ou non, de notre biodiversité.


- Les espèces exotiques n'ont, quelle que soit leur ancienneté d'introduction, pas fait disparaître d'espèces indigènes. Sans avoir de données bibliographiques anciennes des espèces animales et végétales du fleuve, nous avons pu observer tout le long de la descente tout ce qui compose normalement les milieux indigènes du fleuve et de la ripisylve. Tout en prenant en considération le fait que la Garonne -sur la portion descendue- n'a plus grand chose d'un fleuve naturel dans son écoulement, son débit et la biodiversité qu'elle héberge du fait des activités humaines.


- De là découle le dernier constat : plus le milieu est perturbé par les activités humaines, plus les espèces exotiques sont présentes. Partout où les berges de la Garonne sont inaccessibles à l'homme, la proportion d'espèces exotiques est proche de zéro. Nos activités pèsent donc lourdement dans le maintien de ces espèces exotiques qui sont des espèces pionnières. Le milieu naturel de berge de Garonne est la ripisylve avec comme essences dominantes, le Peuplier noir, l'Aulne et le Saule blanc. Le Robinier par exemple ne fait pas partie de la ripisylve à maturité.Il s'installe dans des endroits perturbés, se ressème ou drageonne abondamment puis le peuplement meurt au bout de 30-40 ans, laissant la place à d'autres essences arborées. Il en est de même pour l'Erable à feuilles de frêne dont nous avons remarqué la mortalité importante des individus qui atteignent 20 à 30 ans.
Localement, les crues de la Garonne agissent aussi sur la présence de plantes exotiques en arasant les berges et en déplaçant les bancs de galets. A cette occasion, certaines espèces pionnières telles que la Renouée du Japon y trouvent un milieu extrémement favorable à leur croissance.



Fleur de la Balsamine de l'Himalaya. Cette herbacée géante et annuelle est aussi une plante mellifère
dont les fleurs sont visitées par de nombreux insectes ©Muséum de Toulouse/BorisPresseq


De ce court périple nous retiendrons principalement l'émerveillement que nous avons eu à observer une vie végétale et animale finalement assez foisonnante dans des paysages superbes et ce malgré l'importance des perturbations et des pollutions dues à nos activités.
Il suffirait de pas grand chose pour que la Garonne regagne une biodiversité totale : une gestion intelligente de ses berges et une plus grande attention sur tous les rejets qui y sont déversés grâce à une attention accrue de toutes les communes qui la bordent par exemple.
Nous y serions aussi gagnant puisque l'eau que nous buvons vient de la Garonne...
Et un grand merci à Lionel pour avoir initié ce projet.


Bien entendu, une descente de la Garonne est une vraie aventure naturaliste, riche d'échanges de toutes sortes.
C'est aussi et surtout l'occasion de se balancer au visage des noms de plantes et d'animaux en français ou en latin pour illustrer cette très belle phrase tirée d'un poème japonais : "J'ai vu une fleur sauvage, quand j'ai su son nom je l'ai trouvée plus belle..."


À découvrir : L'histoire complète de cette aventure sur notre blog "Expédition Garonne !"


Article rédigé par Boris Presseq, botaniste au Muséum de Toulouse et mis en ligne le 8 février 2018


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